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« Pour éviter de tout perdre, il faut apprendre à penser digital »

Le Gala Golden-i accueille à nouveau cette année la remise du Flagship Award de l’APSI. A travers cette récompense, l’association veut encourager les entreprises à placer le digital au service de leur développement et, in fine, de l’économie luxembourgeoise. Evocation des enjeux avec Jean Diederich, Président de l’APSI.

April 21, 2016

Le Gala Golden-I Jean-Diederichaccueille à nouveau cette année la remise du Flagship Award de l’APSI le 28 avril. A travers cette récompense, l’association veut encourager les entreprises à placer le digital au service de leur développement et, in fine, de l’économie luxembourgeoise. Evocation des enjeux avec Jean Diederich, Président de l’APSI.

Par Sébastien Lambotte 

Depuis plusieurs années, le Flagship Award vise à récompenser une initiative qui place l’ICT au service du développement économique luxembourgeois. Pouvez-vous nous en expliquer l’origine ?

Née en 2000, l’Association des Professionnels de la Société de l’Information (APSI) est la plus ancienne fédération luxembourgeoise dans le secteur ICT. Rapidement, elle a mis en place une récompense, avec le désir d’inciter les acteurs à mieux investir dans le digital. Jusqu’en 2008, cette récompense a porté le nom de Internet Business Trophy. Elle a ensuite laissé place au Flagship Award, au moment le concept « internet » est devenu grand public. Pendant plusieurs années, ce prix récompensait des acteurs qui avaient développé des projets autour d’une thématique bien précise et différente chaque année. Le thème choisi en 2014, des projets ICT au service du développement de l’économie luxembourgeoise, nous a semblé être suffisamment mature et répondre aux enjeux réels de la société de l’information luxembourgeoise. Nous avons donc choisi de le reprendre en 2015 et encore en 2016.

Quelle volonté y a-t-il derrière ce prix et cette thématique ?

En quelques années, la position de l’IT dans la sphère économique a changé. De fonction de support, l’informatique est devenue génératrice de business. Hier centre de coût, l’ICT devient un centre de profit pour de nouveaux business ou le business qui aprvient à se transformer. Le business mais aussi les gestionnaires des systèmes d’information au sein des entreprises traditionnelles doivent en avoir conscience. C’est pour mettre en évidence cette transformation, et les acteurs qui parviennent à en tirer profit, que nous avons mis en place ce prix.

A vos yeux, les acteurs n’ont-ils pas encore suffisamment conscience des opportunités portées par le digital ?

On ne peut pas tirer des généralités. Au niveau des secteurs d’activité qui se sont toujours appuyés sur les systèmes d’informations, ceux pour lesquels le digital a toujours été important, comme la finance ou l’administration, la prise de conscience est réelle. Par contre, si l’on considère la situation dans les PME et PMI, ce n’est pas génial. Si l’on prend le cas du commerce, par exemple, il y a une menace réelle, un fossé qui se creuse entre l’offre des acteurs nationaux et la demande, qui se porte de plus en plus vers les achats en ligne hors Luxembourg. Il y a un vrai défi à ce niveau pour les acteurs luxembourgeois.

Comment expliquer ce fossé qui se creuse et la difficulté des acteurs à s’inscrire dans une économie digitale ?

Les chemins sont petits au Luxembourg. Dès lors, pour acheter son produit, le consommateur se déplace facilement et le vendeur voit toujours arriver le client. Dans un pays où il faut se déplacer beaucoup plus pour acheter des biens, les consommateurs ont plus volontiers recours à l’offre en ligne. Les acteurs luxembourgeois ne doivent pas pour autant se considérer comme à l’abri. Ils ne peuvent pas ignorer cette tendance, qui finira par affecter leur business tôt ou tard. C’est pourquoi la CLC, dont l’APSI est membre, a signé le «Pakt Pro Commerce». Un deuxième élément réside dans le manque de savoir-faire digital sur la place et, surtout, dans la difficulté pour les PME et PMI d’y accéder à des offres abordables, flexibles et dans le cloud. Souvent, en outre, ces acteurs sont de trop petite taille pour disposer des capacités d’investissement pour développer une stratégie digitale. On manque en outre de plateformes communes luxembourgeoises permettant d’appréhender des problématiques digitales plus facilement, en matière de catalogues en ligne, d’ e-paiements ou de logistique performante.

Admettons que l’on ait ces plateformes, des acteurs luxembourgeois de taille moyenne sont-ils en mesure d’aller affronter des géants de l’e-commerce, comme Amazon, même sur leur propre territoire ?

Il est clair que non. Se contenter de transférer un modèle traditionnel dans le digital, c’est perdre deux fois. D’une part, on risque de ne pas vendre via le canal digital, parce que l’offre a été mal pensée et le marché est mal abordé. D’autre part, l’investissement et la transformation de l’organisation risque de mettre à mal l’activité toute entière. Aborder le tournant digital exige de se repositionner, stratégiquement parlant. Les modèles historiques doivent être repensés en considérant un nouvel environnement, de nouveaux acteurs et des menaces méconnues jusqu’alors. A l’échelle luxembourgeoise, il y a une opportunité à vendre en ligne des produits issus de notre territoire, des services découlant d’une expertise développée localement. Tenter de vendre en ligne des biens fabriqués ailleurs, dont on ne serait qu’un distributeur parmi de nombreux autres, ne fait aucun sens et ne répond à aucune logique et stratégie économiques cohérentes, car l’internet permet la désintermédiation. Il faut donc se repositionner, en veillant à sa différenciation dans un marché plus large, qui répond aux nouvelles règles digitales. Il faut penser le business en plateformes digitales. On parle d’ « UBERisation ».

Tous les acteurs doivent-ils se repositionner dans ce contexte ?

La réponse n’est pas évidente. Aujourd’hui, pour certains biens et services, elle dépend de son positionnement dans la chaine de valeur par rapport au producteur et l’acheteur. Par exemple, il est rare que l’on décide d’acheter un téléviseur ultra premium à +10’000 EUR en ligne. On veut le voir d’abord, le toucher. Les magasins, pour ces biens, ont l’avantage de proposer des offres de crédit sans frais. Alors qu’en en ligne il faut payer directement le montant global, faute de réglementation européenne cohérente. Cela dit, on voit que les choses évoluent rapidement. Il n’est pas improbable que même ces biens soient touchés à plus ou moins long terme. Même les plus grands acteurs, dans l’industrie musicale, alors qu’ils se croyaient intouchables, peuvent se mordre les doigts de n’avoir pas bien appréhendé les changements dans les modes de consommation culturelle. Idem pour l’industrie hôtelière, les taxi, les voyages, la télévision… . Ce n’est certes par évident, mais je pense qu’il est important pour chaque acteur, à son échelle, en étant soutenu par des fédérations patronales comme les différentes Chambres et de s’inscrire dans un processus de réflexion « disruptive » à ce propos.

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