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« Un bon développeur deviendra meilleur avec l’IA, un mauvais sera moins bon. »

Fabrice Croiseaux poursuit sa rétrospective en se concentrant sur lIA, une nouvelle étape clé dans l’histoire de l’entreprise et plus largement dans l’évolution des usages technologiques au service de l’humain.

December 15, 2025

Après avoir traversé trois décennies d’innovations technologiques, InTech se projette aujourd’hui au cœur de la révolution de l’intelligence artificielle. Fabrice Croiseaux partage sa vision d’une IA responsable, utile et alignée avec l’humain, perçue non comme une rupture brutale mais comme une continuité logique au service de la performance, du sens et de la souveraineté européenne.

 

Quel regard portez-vous sur l’IA, dont les impacts sont au cœur de toutes les discussions aujourd’hui ?

C’est simple : l’un des métiers les plus impactés, c’est le nôtre, celui du développement logiciel. Très concrètement, l’IA générative nous permet de gagner considérablement en productivité, avec des enjeux majeurs pour notre métier. Le fait est qu’un bon développeur deviendra encore meilleur grâce à l’IA. Un mauvais développeur sera encore moins performant en y recourant. L’enjeu est de former nos collaborateurs et nos clients à en faire bon usage. On peut comparer cette technologie dans son niveau de maturité actuel à une Formule 1 : elle permet d’aller vite, de se dépasser. Mais on ne peut pas en confier le volant à tout le monde. C’est l’expérience de conduite qui prime. Tirer le plein potentiel de l’IA générative pour le développement logiciel va beaucoup plus loin que de l’utiliser pour la complétion de code ou la génération de fonctions à l’intérieur d’un éditeur. De nouveaux concepts de développement AI native voient le jour (BMAD, …), c’est passionnant.

Le potentiel de transformation, et notamment de destruction de nombreux métiers, apparaît tout de même considérable…

Si l’on regarde l’histoire, chaque révolution industrielle a suscité la même inquiétude : celle de voir disparaître les métiers. La première, au XVIIè siècle avec la vapeur, puis la seconde, marquée par l’électricité et la production de masse, à partir des années 1870, ont permis d’accroître considérablement la productivité. La troisième, dans les années 1970 avec l’informatique et l’automatisation, a poursuivi cette dynamique.

En deux siècles, la population mondiale a été multipliée par huit, d’un milliard d’habitants en 1800 à plus de huit milliards aujourd’hui, et pourtant, nous faisons toujours face à des pénuries de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs. Autrement dit, la technologie ne détruit pas le travail : elle le recompose. C’est pourquoi, je ne parlerais pas de potentiel de destruction, mais bien de transformation des métiers, comme d’autres révolutions l’ont fait avant celle de l’IA.

Ce qui est nouveau, c’est que ce sont surtout les cols blancs qui se sentent particulièrement concernés. D’autres impacts plus macro doivent aussi nous questionner : celui de la concentration des richesses, qui devrait encore s’accentuer si le modèle social n’évolue pas. Avec ces évolutions, les meilleurs captent de plus en plus de richesse. On annonce pour 2026 la première licorne unipersonnelle, portée par une seule personne, grâce au recours à l’IA générative.

Même si les moins riches sont beaucoup mieux lotis qu’il y a 200 ans, les inégalités s’accentuent. Enfin, d’importantes questions de souveraineté se posent.

Comment cela ?

Aujourd’hui, la majorité des solutions viennent des États-Unis ou de la Chine. En Europe, Mistral fait figure d’exception, mais reste isolé, avec des capitaux en partie étrangers. Le second mandat de Trump nous rappelle brutalement notre dépendance à ces puissances technologiques.

Cela doit nous inviter à explorer les voies pour garantir notre autonomie vis-à-vis des autres continents et de grands acteurs qui servent le monde entier, concentrant la richesse et la technologie. À cet égard, on peut revenir sur la blockchain, dont la vertu originelle – la décentralisation – était justement une promesse d’indépendance.

La technologie, et l’IA en particulier, doit désormais être traitée comme un enjeu stratégique majeur, au même titre que la défense ou la santé. Les Etats-Unis et la Chine l’ont compris depuis longtemps et investissent massivement sans se poser la question du retour économique immédiat. Ici encore, l’Europe peine à trouver son modèle qui doit aller bien au-delà de la régulation seule. Plusieurs voies existent pourtant.

Comment les entreprises devraient-elles aborder l’IA ?

Les entreprises n’ont plus vraiment le choix : ignorer l’IA, c’est perdre en compétitivité. L’IA générative a déjà prouvé son efficacité dans la vie personnelle, presque tout le monde l’utilise désormais pour écrire, résumer ou créer.

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