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Souveraineté numérique : enjeu majeur des années à venir ?
En 2025, la souveraineté numérique s’est imposée comme un thème central dans les débats européens, tant politiques qu’économiques.
November 10, 2025

La montée en puissance des tensions commerciales internationales, alimentées par le retour d’un nationalisme économique américain sous l’administration Trump, a ravivé les craintes de dépendance excessive aux technologies venant d’outre-Atlantique.
Les mesures de rétorsion économiques envisagées n’ont fait qu’accélérer la prise de conscience : l’Europe doit renforcer son autonomie et définir une véritable stratégie de souveraineté numérique.
Pour autant, sa mise en œuvre est loin d’être évidente avec des fournisseurs américains qui dominent largement le marché du logiciel, des infrastructures et de l’hébergement en Europe. À titre d’exemple, les centres de données reposent de 85 à 90 % sur des technologies américaines : AWS, Azure et Google Cloud en tête.
Reste alors à clarifier : de quoi parle-t-on exactement ? La souveraineté numérique signifie-t-elle une indépendance totale, une maîtrise renforcée de la protection des données, ou un équilibre stratégique face aux grandes entreprises technologiques mondiales ? Est-elle réellement atteignable – et surtout, est-elle souhaitable pour les économies interconnectées que sont celles de l’Europe ?
Éléments de réponse dans cet article avec Fabrice Aresu, CEO de LuxTrust.
La souveraineté numérique ou l’art de rester maître du jeu même quand tout vacille ?
La souveraineté numérique désigne la capacité d’un État, d’une organisation ou d’un continent comme l’Europe à contrôler ses infrastructures, ses données et ses technologies critiques, sans dépendre excessivement d’acteurs étrangers. À l’origine, le concept a été largement utilisé pour parler de l’hébergement des données sensibles sur le territoire européen.
Toutefois, ce dernier a progressivement évolué pour englober un champ beaucoup plus large : la maîtrise des données et des transferts, un contrôle sur l’infrastructure matérielle et logicielle, et la capacité à développer un cadre normatif protégeant non seulement les citoyens mais aussi les entreprises.
La maîtrise des données
Dans l’économie numérique, les données sont devenues un actif au sein des organisations. Qu’il s’agisse d’informations contractuelles, techniques, administratives ou métiers, elles concentrent aujourd’hui une part importante de la valeur – mais aussi de la vulnérabilité – des entreprises.
À ce titre, la question ne se limite plus à savoir où ces données sont stockées. L’enjeu majeur est la maîtrise des flux : comprendre qui peut les collecter, les transférer, les exploiter – et dans quelles conditions.
C’est précisément là que se situe le risque majeur : la chaîne de traitement. Même lorsqu’une entreprise met en place des solutions pour protéger ses informations, des fuites peuvent survenir par des usages de confort comme un transfert de documents par l’intermédiaire d’un service en ligne grand public.
Autant de pratiques qui contournent les dispositifs officiels et exposent les données sensibles à des circuits non maîtrisés. La souveraineté impose donc d’aller au-delà du stockage : elle exige des chaînes de transfert souveraines, capables de garantir la confidentialité de bout en bout.
Pour LuxTrust, cette approche est au cœur de la stratégie. « Toutes nos infrastructures sont en Europe, voire même chez les clients », souligne Fabrice Aresu. « Nos clients les plus exigeants, notamment dans les secteurs militaire et spatial, optent pour des solutions on-premise déployées directement dans leurs centres de données. »
Cette approche répond à une demande toujours plus forte du marché : dans les appels d’offres, la localisation, l’usage et la protection des données deviennent des critères de sélection.
Un contrôle de l’infrastructure matérielle et logicielle
Un autre axe de la souveraineté numérique concerne la continuité des infrastructures informatiques et leur résilience face aux incidents. Pour les acteurs systémiques, ce n’est plus seulement une question de performance; une interruption imposée par un fournisseur clé représenterait un risque critique et impacterait immédiatement les opérations comme ce fut le cas le 20 octobre 2025 lors de la panne mondiale de la société AWS.
Les infrastructures doivent être conçues avec des mécanismes de redondance et des plans de continuité garantissant une disponibilité ininterrompue. Cette exigence ne se limite pas au matériel, elle s’étend à l’ensemble de la chaîne technologique, incluant le cloud, les composants logiciels et les services tiers.
Ce besoin de gouvernance est particulièrement prégnant dans le domaine du développement logiciel, où la dépendance à des sous-composants ou librairies tierces est monnaie courante.
Mais cette dépendance va au-delà des seuls aspects techniques. Il suffit qu’un composant logiciel, une librairie ou un service cloud soit contrôlé par un acteur étranger qui — allié aujourd’hui — pourrait devenir contraignant ou hostile demain selon l’évolution des rapports de force internationaux. D’où la question : que se passe-t-il si l’accès à un service critique est révoqué pour des raisons politiques ou économiques ?
« Les événements du passé nous ont appris que ce risque est bien réel : il faut régulièrement actualiser les librairies pour éviter de se retrouver exposé à des failles critiques ou à une défaillance de mise à jour, comme celle de Log4J en 2021 ou de CrowdStrike en 2024 », rappelle Fabrice Aresu.
C’est tout l’enjeu d’une réflexion autour de stacks technologiques européennes, associant matériel et logiciel dans une logique de maîtrise globale.
L’objectif est de réduire la dépendance vis-à-vis de fournisseurs non-européens et de garder le contrôle sur les briques les plus sensibles.
« Cependant, l’indépendance ne signifie pas l’autarcie. Pour la plupart des entreprises, viser le 100 % de souveraineté n’est ni atteignable financièrement ni techniquement. L’enjeu est donc de raisonner en termes de risques. L’objectif est de savoir quelle part de la chaîne on peut perdre sans couper entièrement le service », souligne Fabrice Aresu.
Chez LuxTrust, cette ambition est déjà en œuvre depuis plusieurs années. Pour les composants critiques, notamment dans les domaines de la sécurité, l’entreprise privilégie des partenaires européens, reconnus pour leur fiabilité et leur conformité aux exigences locales. Cette orientation permet de limiter la dépendance à des fournisseurs non-européens, potentiellement soumis à des logiques extra-territoriales.
« La souveraineté numérique est avant tout une question de résilience, de confiance et de contrôle », comme le rappelle le CEO de LuxTrust.
Alors que les entreprises et les États européens font face à une dépendance croissante aux acteurs étrangers, le prestataire de service de confiance a développé des solutions digitales souveraines pour répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain.
Le sujet vous intéresse ? Poursuivez la lecture de l’interview complète sur le site de LuxTrust.