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« InTech, c’est l’art de voir plus loin que la ligne d’arrivée »

À l’occasion de ses 30 ans, InTech revient, avec son CEO Fabrice Croiseaux, sur trois décennies d’innovation technologique guidées par une conviction forte : mettre l’humain et le progrès collectif au cœur du numérique.

December 15, 2025

À l’occasion des 30 ans d’InTech, Fabrice Croiseaux, CEO, revient sur la trajectoire d’une entreprise qui n’a jamais cessé d’innover tout en gardant l’humain au centre. De la révolution Internet aux promesses de l’intelligence artificielle, en passant par la blockchain, il retrace trois décennies d’exploration numérique et de quête de sens, portées par une même conviction : la technologie doit servir le progrès collectif et la souveraineté européenne.

Peut-on se remettre dans le contexte d’il y a trente ans, au moment de la création d’InTech ?
Quels étaient les enjeux de l’époque ainsi que les ambitions de l’entreprise ?

Je n’étais pas encore chez InTech lors de sa création, en 1995, mais j’en suivais déjà de près l’aventure. J’ai rejoint l’entreprise quelques mois plus tard car je connaissais très bien les fondateurs, pour avoir déjà travaillé avec eux dans d’autres entreprises de services numériques. En 1992, j’ai été embauché au sein de la BGL, où j’ai accompagné des projets très innovants pour l’époque puisque nous avons développé un serveur d’application bien avant que les premiers soient commercialisés par IBM ou Weblogic. Passionné de technologie, j’ai alors souhaité rejoindre une société qui plaçait cette dernière au coeur de ses activités, dans une démarche d’innovation et de prospective. C’est ce qui m’a amené à rejoindre InTech.

 

Ces éléments ont donc toujours figuré dans l’ADN de l’entreprise ?

Les projets qui mobilisaient tout le monde, dans la deuxième moitié des années 1990, concernaient le passage à l’an 2000, le fameux bug, ainsi que la mise en circulation de l’Euro comme monnaie commune. Nous avons fait le choix de ne pas suivre le mouvement, mais d’anticiper le suivant. Comme toujours, notre regard était déjà tourné vers ce qui allait suivre.

 

À l’époque, quelles étaient les technologies qui faisaient rêver les “geeks” que vous étiez déjà ?

Cela touchait à l’émergence d’Internet, à la programmation orientée objet, aux serveurs d’applications Java. De 2000 à 2010, nous avons développé une expertise autour de ces sujets et notamment contribué à sensibiliser et à former autour des transformations qu’induisaient ces évolutions technologiques. Nous étions des précurseurs sur ces sujets au Luxembourg, investis notamment dans le Java User Group Luxembourg (LuxJUG), et avons accompagné la transformation de grands clients emblématiques de la place.
Puis, à partir de 2007 et de la présentation de l’iPhone par Steve Jobs, l’attention s’est aussi portée sur le développement mobile, avec la mise en oeuvre d’applications accessibles depuis nos smartphones.

InTech, au-delà des projets de développement, s’est aussi taillé une réputation en explorant très tôt la blockchain et la crypto.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit vers cette technologie ?

Ces dix dernières années, les évolutions se sont accélérées, d’abord avec l’émergence de la Blockchain, à laquelle nous nous sommes intéressés à partir de 2013, puis plus récemment avec l’Intelligence Artificielle. Certains estiment que nous avons entrepris des projets blockchain trop tôt. Pour ma part, je reste convaincu par son potentiel disruptif sur la durée dans le secteur financier. Nous sommes aujourd’hui l’un des acteurs disposant de la plus grande expérience en lien avec cette technologie au Luxembourg, avec un engagement fort autour de projets phares, comme avec Tokeny ou notre contribution à l’établissement du standard ERC3643, aujourd’hui reconnu comme le standard mondial pour la tokenisation d’actifs financiers.

 

Dans un environnement en mutation rapide, comment miser sur les « technos » les plus porteuses ?

C’est une question intéressante. Au regard des innovations, notre position est comparable à celle d’un surfeur face à l’océan: il s’agit d’identifier la bonne vague, mais aussi de la prendre au bon moment, ni trop tôt ni trop tard. C’est tout l’enjeu. Une technologie comme la blockchain nous a séduits pour son potentiel de rupture, qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Elle introduit un changement de paradigme profond : celui d’un monde où la confiance ne dépend plus d’acteurs centraux, mais d’un réseau partagé. La décentralisation n’est pas seulement une évolution technologique : elle redéfinit la manière dont les acteurs partagent la valeur et la confiance. En ce sens, elle peut offrir à l’Europe une autre voie pour construire une souveraineté numérique durable, fondée sur la coopération et non sur la domination.

 

Et pourtant, son adoption apparaît lente et difficile ?

Elle est pourtant comparable à ce qu’a été Internet, qui a notamment rendu le coût de l’accès à l’information marginal, au point de bouleverser des écosystèmes. Avec Internet, les encyclopédies ont disparu ; d’autres acteurs ont émergé.

Cela a pris plus de temps que prévu mais notre analyse était correcte quand on voit le développement spectaculaire de la finance on-chain, des stablecoins ou des ETF cryptos. Malheureusement, ces évolutions qui renforcent la compétitivité des acteurs qui les embrassent ont lieu surtout sur les places asiatiques et américaines et l’Europe reste à la traine.

 

Dans l’histoire d’InTech, l’acquisition de l’entreprise par POST constitue aussi une étape clé. Comment est-elle intervenue ?

Comme je le disais, au début des années 2010, nous avions accompagné de nombreux grands clients dans leur transformation, leur permettant d’intégrer des solutions logicielles plus flexibles, agiles et adaptatives. Les fondateurs d’InTech souhaitant passer la
main, nous nous sommes demandé ce que nous voulions pour nos collaborateurs et nos clients. L’idée de faire entrer un acteur au capital pour ouvrir une nouvelle ère a émergé, pour peu qu’il réponde à certains critères : être luxembourgeois, ne pas faire le même métier que nous, avoir le numérique comme enjeu stratégique et posséder des valeurs qui garantiraient la préservation de notre ADN. POST, avec qui nous ne travaillions quasiment pas à l’époque, est apparu en tête de la liste des candidats potentiels. Nous sommes allés les rencontrer et l’alignement des intérêts est rapidement apparu évident pour l’ensemble des parties.

 

À ce moment-là, le groupe POST est pourtant déjà particulièrement actif dans les métiers du numérique…

Oui, mais sur des métiers complémentaires aux nôtres : gestionnaire de centres de données, opérateur cloud, Telecom, mais pas dans le domaine du conseil en technologie et du développement de solutions sur mesure pour les entreprises, notre coeur de métier.
Cette acquisition a été une excellente opération pour l’ensemble des parties. La création récente de DEEP renforce encore le potentiel de synergie : notre association couvre désormais tous les besoins numériques des entreprises, des PME aux grands comptes, ainsi que des institutions publiques.

De belles perspectives s’ouvrent encore devant nous.

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