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Et demain, qu’est-ce qui fera encore la valeur d’un avocat ?
Face à l’essor de l’IA, les entreprises doivent repenser les compétences, les parcours d’apprentissage et les modes de collaboration.
September 3, 2026

L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement nos manières de travailler. Elle redéfinit les besoins en compétences, les parcours d’apprentissage, les modes de collaboration. Pour Magali Maillot, Directrice des Ressources Humaines et COO d’A&O Shearman Luxembourg, cette mutation concerne tous les métiers, et notamment celui d’avocat.
En quelques mois, l’intelligence artificielle est devenue un outil de travail courant dans de nombreux métiers, et notamment dans un cabinet d’avocats comme A&O Shearman. Recherche d’informations, synthèse documentaire, production de contenus standards ou assistance à l’analyse… « Cette révolution concerne tous les métiers, de l’avocat aux fonctions de support. Personnellement, il n’y a pas un jour où je ne l’utilise pas », confie Magali Maillot, Directrice des Ressources Humaines et COO d’A&O Shearman Luxembourg, convaincue que la technologie va induire de profonds bouleversements.
Saisir les opportunités liées au métier
Pour autant, la responsable ne la voit pas comme une menace pour le métier d’avocat. Au contraire, elle permet de déplacer et de renforcer la valeur créée. « L’IA permet de gagner du temps sur un ensemble de tâches, de la recherche d’information à la rédaction de documents standardisés. Mais elle ne remplace pas la capacité de l’avocat à comprendre la situation spécifique d’un client, à évaluer des risques contradictoires ou à construire une recommandation adaptée à un contexte particulier », explique-t-elle.
Autrement dit, l’automatisation déplace le centre de gravité du métier. « En libérant du temps, l’IA permet d’absorber plus de travail, mais surtout de faire mieux, en consacrant davantage d’attention au client, au relationnel », explique la DRH.
Les RH deviennent les architectes du changement
Afin de bien aborder cette transition, les ressources humaines ont un rôle fondamental à jouer. « Le premier enjeu consiste à favoriser l’appropriation des outils. Aujourd’hui, les collaborateurs ne sont plus simplement encouragés à découvrir l’IA : ils sont invités à l’intégrer dans leurs pratiques quotidiennes afin d’identifier les usages les plus pertinents », explique Magali Maillot.
Le deuxième défi concerne l’évolution des compétences. « La rapidité à laquelle les choses évoluent nous oblige à repenser nos référentiels à un horizon de deux ans », ajoute-t-elle. Enfin, il faut accompagner le changement. « Face aux inquiétudes liées à la transformation des métiers, les RH doivent rassurer, expliquer et donner du sens », poursuit Magali Maillot. Dans ce contexte, il est important de reconnaître et valoriser les collaborateurs qui expérimentent de nouveaux usages, partagent leurs bonnes pratiques ou contribuent à faire évoluer l’organisation.
Repenser les compétences de demain
Cette évolution oblige les entreprises à revoir leurs référentiels de compétences. Longtemps, la maîtrise technique d’une discipline a constitué le principal facteur de différenciation. Demain, elle restera indispensable, mais ne suffira plus. « Je pense notamment que les capacités d’analyse critique, de résolution de problèmes, d’adaptation ou encore d’anticipation des évolutions économiques et sociétales gagneront en importance », souligne Magali Maillot.
Pour les avocats comme pour de nombreux autres professionnels du savoir, la question n’est plus seulement de maîtriser un domaine d’expertise, mais d’être capable de créer davantage de valeur à partir de cette expertise.
Réinventer l’apprentissage des jeunes talents
L’un des bouleversements les plus importants concerne sans doute les parcours d’apprentissage. Traditionnellement, les jeunes avocats développaient leur expertise en réalisant des recherches, en préparant des dossiers ou en produisant des documents qui étaient ensuite relus et enrichis par des collaborateurs plus expérimentés. Or, une partie de ces tâches peut désormais être réalisée par l’IA. Faut-il pour autant moins recruter de juniors ? Pour Magali Maillot, la réponse est clairement non. « Les entreprises doivent continuer à recruter de jeunes talents, ne fût-ce que pour former les associés de demain. Mais elles doivent probablement les intégrer plus rapidement dans des missions à plus forte valeur ajoutée », explique-t-elle. Cette évolution impose de repenser les mécanismes de transmission. « Cela passera sans doute par davantage de mentorat, une exposition plus rapide aux clients, un investissement précoce dans des dossiers complexes », explique-t-elle.
Apprendre ensemble pour rester compétitif
Surtout, cette transformation doit être abordée collectivement. « Les collaborateurs expérimentés apportent leur expertise, leur capacité de jugement et leur compréhension des situations complexes. Mais les plus jeunes ont aussi un rôle crucial à jouer. Les juniors, plus que d’autres, contribuent à diffuser de nouveaux usages et une plus grande familiarité avec les outils d’intelligence artificielle », explique la DRH. Cette dynamique de transmission réciproque pourrait bien devenir l’un des principaux avantages concurrentiels des organisations.
« Car si l’IA transforme les métiers, ce sont avant tout les entreprises capables d’apprendre, d’expérimenter et d’évoluer ensemble qui tireront le meilleur parti de cette révolution », conclut Magalie Maillot.