HUMAN

Dans l’open space avec JULIEN BOSSU

« La fonction RH est un levier clé pour mieux soutenir les collaborateurs tout en servant durablement la performance du business. »

March 3, 2026

Directeur des Ressources humaines au sein de CDCL, acteur majeur du secteur de la construction au Luxembourg, Julien Bossu est aussi Co-président de l’association HR Community. Il nous explique comment la fonction RH, en se transformant, peut mieux soutenir les collaborateurs tout en accompagnant le business.

 

Mes 3 apps indispensables

1. WhatsApp

«Indispensable à de nombreux échanges, aussi bien dans le cadre professionnel que privé.»

2. Teams

Même si le télétravail n’est pas autorisé chez nous, l’application facilite la collaboration et l’échange de documents.»

3. LiveScore

«Sur le plan personnel, l’application me permet de suivre les résultats sportifs, notamment ceux des championnats de football, à tout moment.»

« Dans la construction, la technologie avance, mais l’humain reste irremplaçable. »

 

En tant que DRH de CDCL depuis près de 13 ans, comment avez-vous vu évoluer la fonction ?

Bien que CDCL soit une entreprise familiale, elle s’est développée autour d’une gouvernance et d’une structure robustes. Mon arrivée coïncidait avec une volonté forte d’améliorer et de professionnaliser la gestion et le suivi des équipes, mais aussi d’élever la fonction RH à un niveau stratégique, au sein du comité de direction.

L’un des premiers défis a été de digitaliser la gestion administrative des ressources humaines. À l’époque, tout se faisait encore principalement sur papier : suivi des fiches de pointage, collecte des certificats, justificatifs… Cela prenait énormément de temps.Le numérique a permis une meilleure gestion de l’information, a accru la réactivité, facilité le pilotage et nous a fait gagner un temps précieux, que nous pouvons désormais consacrer à de vrais projets RH.

 

Qu’entendez-vous par « vrais projets RH » ?
À quoi doit servir ce temps gagné ?

Il doit avant tout servir à renforcer le suivi et le bien-être des collaborateurs. Notre secteur fait face à une pénurie importante de main-d’œuvre. Les viviers de recrutement se sont taris. Dans ce contexte, l’un des enjeux majeurs est de fidéliser les équipes et de réduire le turn-over, en prenant réellement soin d’elle.

La professionnalisation de la fonction RH, avec davantage d’écoute et de réactivité, y contribue directement. Notre secteur n’est pas toujours considéré comme étant le plus « sexy ». Cependant, il reste profondément porteur de sens. A ce titre, il continue d’attirer des personnes qui recherchent du concret, fières de participer à la construction d’immeubles emblématiques tels que Skypark, le Freeport ou encore Royal-Hamilius.

 

Le secteur traverse une crise majeure . Comment la fonction RH sou tien t-elle l’entreprise dans ce con texte ?

Nous sommes là pour accompagner la prise de décision dans des situations souvent tendues. Il faut trouver des équilibres : garantir les prix, maintenir le chiffre d’affaires, pérenniser l’emploi. Notre rôle est de soutenir la direction, d’évaluer les impacts humains des décisions, d’apporter une lecture légale, mais aussi d’accompagner le changement.

En parallèle, nous devons rester proches des salariés, pour expliquer les décisions, détailler le contexte et écouter leurs préoccupations. Les RH ne peuvent pas se cantonner à leur tour d’ivoire. Il est essentiel d’être au plus près du terrain, de communiquer et d’expliquer avec transparence.

Plus que jamais, les collaborateurs – notamment les plus jeunes – veulent comprendre pourquoi et comment les choses sont faites.

 

Comment avez-vous vu évoluer l’attractivité du Luxembourg ?

La mobilité constitue aujourd’hui un réel point noir. Si le pays offre encore des conditions salariales attractives, les collaborateurs supportent de moins en moins des temps de trajet qui s’allongent. Pour beaucoup, faire 1h30 de route le matin et 1h30 le soir n’est tout simplement plus acceptable.

Des collaborateurs fidèles nous quittent pour cette raison. Et les mesures de flexibilité que nous accordons ne suffisent pas toujours à compenser la fatigue liée aux trajets. En parallèle, il est devenu presque impossible de se rapprocher du lieu de travail, car le logement est devenu inaccessible. Le Luxembourg ne parvient pas à construire suffisamment pour répondre à la demande.

Comment, à l’échelle d’une entreprise , répondre à cette baisse d’attractivité ? 

Il faut avant tout prendre soin de nos collaborateurs, être à leur écoute et chercher en permanence à améliorer leurs conditions de travail. Pour attirer de nouveaux talents, il faut aussi faire preuve de créativité, imaginer des solutions innovantes et travailler main dans la main avec les autorités pour faire évoluer le contexte global.

Quand je suis arrivé chez CDCL, l’entreprise disposait encore de logements qu’elle mettait à disposition de ses salariés. Cette pratique, jugée à l’époque dépassée, a été abandonnée. Aujourd’hui, ces idées reviennent sur la table. Je serais heureux de pouvoir proposer à nouveau des logements accessibles à nos collaborateurs ou à de futurs candidats. 

 

On parle beaucoup d’intelligence artificielle et de ses impacts sur l’emploi. Comment percevez-vous cette évolution ?

Nous suivons ces technologies avec beaucoup d’attention. L’IA permet de faciliter de nombreuses tâches : rédaction de documents techniques, élaboration de méthodes de travail, complétion de bordereaux… Elle est déjà un réel soutien au quotidien. 

Sur les chantiers, en revanche, les applications restent limitées. L’humain demeure essentiel, même si les outils et les méthodes évoluent. Nous avançons avec la technologie, sans pour autant perdre de vue que la valeur première du secteur réside dans l’humain.

 

Pensez-vous que l’IA puisse, à terme, conduire à une revalorisation des métiers manuels ? 

C’est difficile à dire aujourd’hui. Il reste compliqué de convaincre des apprentis d’opter pour une carrière dans la construction. Les conditions de travail, notamment en extérieur, freinent encore beaucoup de jeunes, malgré des équipements qui assurent désormais un réel confort. Ce qui est certain, c’est que la technologie, malgré des progrès considérables, est encore loin de pouvoir remplacer l’humain sur les chantiers. La construction reste un métier profondément humain, où la transmission, l’expérience et le geste comptent plus que jamais.

 

 

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