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Afterwork avec Arnaud Lambert

Inlassable promoteur de l’innovation digitale, Arnaud Lambert occupe depuis 2023 la fonction de CEO de LuxProvide, le gestionnaire du supercalculateur MeluXina.

May 28, 2026

Autour d’un verre

On vous offre un verre, que prenez-vous ?

Un petit verre de vin. S’il fait chaud, un blanc. S’il fait plus froid, un verre de vin rouge. De préférence, une appellation européenne.

 

Avec qui aimeriez-vous partager un verre ?

Au risque de vous surprendre, j’apprécierais prendre un verre avec Gilles Roth, notre ministre des Finances, pour notamment échanger sur le futur de la place financière, la manière dont la
technologie permet de la réinventer, et en particulier l’IA.

 

Quel est votre truc pour décompresser en fin de semaine ?

Ceux qui me connaissent savent que je suis un amoureux de belle mécanique, de vieilles voitures. Donc, c’est une balade sur les routes, à bord d’un ancêtre, pour profiter de toutes les
sensations que cela procure. Pour le moment, je roule à bord d’une Fiat 500 Giardiniera de 1968.

Une destination pour souffler ?

Il ne me faut pas forcément aller loin, mais il me faut de l’eau. Je suis aussi un fan de voile.

 

 

“L’innovation n’avance pas sans expérimentation : pour transformer les idées en solutions, il faut accéder à la puissance de calcul.”

 

Inlassable promoteur de l’innovation digitale, Arnaud Lambert occupe depuis 2023 la fonction de CEO de LuxProvide, le gestionnaire du supercalculateur MeluXina. HPC, IA, informatique quantique… Avec cette infrastructure stratégique, l’Europe et le Luxembourg offrent aux entreprises un accès direct à une puissance de calcul de très haut niveau pour accélérer leurs projets d’innovation, explique-t-il.

 

Pouvez-vous nous rappeler la mission de LuxProvide ?

L’histoire débute en 2019, avec la volonté du Luxembourg de se doter d’un supercalculateur, co-financé par l’Etat et par l’Union européenne. Nous avons souhaité nous inscrire au sein du réseau HPC, avec un positionnement particulier, en rendant cette puissance de calcul accessible, non seulement aux acteurs de la recherche, mais aussi aux acteurs du secteur privé : corporate, start-up ou PME. Meluxina, le nom de notre supercalculateur, constitue un outil unique en Europe permettant d’accélérer l’innovation digitale de ces acteurs. Nous sommes les seuls à proposer cela en Europe.

 

Dans la mesure où le souhait est de répondre aux besoins en innovation des entreprises, en quoi MeluXina est-il différent des autres supercalculateurs ?

L’ouverture aux entreprises a notamment exigé d’apporter des garanties de sécurité renforcée. Dans cette optique, nous avons pu nous appuyer sur l’écosystème luxembourgeois, et  notamment ses centres de données Tier IV, mais aussi prendre un ensemble de mesures répondant aux normes les plus élevées en matière de sécurité de l’information (ISO 27001). Au-delà de l’infrastructure, Luxembourg et l’Europe, via EuroHPC JU, se sont dotés de programmes de soutien et d’accompagnement à l’innovation, dont LuxProvide est l’un des opérateurs.

 

Depuis la mise en œuvre de ce supercalculateur, il y a cinq ans, l’IA générative a essaimé. On parle de plus en plus d’informatique quantique… En somme, tout a changé !

Oui. Ce que l’on constate, c’est que les besoins ont considérablement évolué. Il y a cinq ans, la puissance d’un supercalculateur servait essentiellement à mener des simulations numériques, dans le cadre de projets de recherche, qu’ils soient académiques ou portés par des acteurs privés. Je suis arrivé au sein de LuxProvide au moment où ChatGPT a révélé au monde tout le potentiel de l’IA Générative, créant une nouvelle demande. Pour les entreprises, l’accès à des GPU (les puissantes puces qui permettent d’entraîner des grands modèles de langage) a été essentiel. Au regard de cette évolution, nous avons ajusté notre positionnement. Plus exactement, nous avons complété notre offre pour répondre à cette nouvelle demande, et accompagner des acteurs dans des démarches d’innovation s’appuyant sur l’intelligence artificielle.

Et l’informatique quantique, dans tout cela ?

C’est aussi un domaine sur lequel nous sommes actifs. A côté des CPU et des GPU, il s’agit d’une approche du calcul qui est distincte, mais néanmoins complémentaire aux deux autres, et qui ouvre de nouvelles perspectives. C’est une technologie prometteuse, bien que nous n’en soyons qu’au début et que des défis importants doivent être relevés pour la maîtriser.

 

Quelle est l’ambition nationale poursuivie derrière le déploiement de cette puissance de calcul conséquente ?

L’ambition nationale, poursuivie depuis plus de 25 ans, c’est de positionner Luxembourg comme une plateforme numérique de confiance. LuxProvide, avec MeluXina, vient compléter un 
écosystème déjà robuste, constitué d’un réseau de fibres, de centres de données sécurisés, en y apportant de la puissance de calcul.

Cette infrastructure, les investissements que nous réalisons, font du Luxembourg un maillon d’un vaste réseau européen, à la pointe de l’innovation. Le seul qui, en outre, s’adresse  directement aux entreprises.

Que viennent chercher les entreprises privées qui se tournent vers LuxProvide ?

Parmi elles, on peut distinguer plusieurs catégories d’acteurs. A travers LuxProvide, les start-ups, tout d’abord, peuvent bénéficier d’un soutien financier et d’un accompagnement de trois à six mois, leur permettant d’accéder à nos infrastructures pour, par exemple, tester leurs modèles, s’assurer de leur robustesse et de la capacité de les faire évoluer à l’échelle. À ce titre, c’est un véritable catalyseur d’innovation. Au-delà de ce premier accompagnement, si leur concept est validé et qu’elles le souhaitent, les entreprises peuvent accéder à d’autres programmes de soutien pour poursuivre leur développement au départ de Luxembourg et de nos capacités. A côté des start-ups, nous accompagnons aussi des entreprises, dans le cadre de leur projet de recherche développement et d’innovation, qu’il bénéficie ou non d’un soutien public. Nos infrastructures peuvent aussi être utilisées, dans le cadre d’un contrat commercial, pour divers besoins : pour comparer des modèles d’IA, les évaluer, les affiner et développer des solutions.

 

Pourquoi s’appuyer sur LuxProvide plutôt que sur un autre acte ur mettant à disposition des GPU par exemple ? 

Notre valeur ajoutée réside dans l’expertise que nous pouvons apporter aux acteurs qui s’inscrivent dans une démarche d’innovation. Notre rôle est de les aider à mettre en oeuvre de nouveaux outils ou des solutions qui vont toucher au coeur de métier de l’entreprise, transformer leur proposition de valeur. Pour mettre en oeuvre une nouvelle idée, il n’y a pas quatre chemins : il faut expérimenter, mettre les mains dans le cambouis. Le développement des compétences passe par l’expérience. LuxProvide est là pour les accompagner dans cette démarche, en les aidant à mettre en oeuvre une solution complète, comprenant le choix des logiciels, la capacité de calcul, l’architecture, la structuration des données.

 

Depuis plusieurs mois , dans un contexte géopolitique tendu, les enjeux de souveraineté sont revenus au coeur des préoccupations… Ce qui, inévitablement, doit renforcer votre position et celle du Luxembourg ?

Oui. A cet égard, il faut saluer celui qui, visionnaire, a décidé de mettre en oeuvre des centres de données Tier IV au Luxembourg, sur lesquels nous nous appuyons aujourd’hui. Dans le contexte actuel, vous avez raison, nous sommes bien positionnés pour répondre aux acteurs qui cherchent à mettre en oeuvre des solutions de private AI dans un cadre sécurisé, souverain. Si l’on parle de LuxProvide, en particulier, nous n’avons pas vocation à agir comme un pur fournisseur d’infrastructure, mais davantage pour aider de nouveaux modèles d’intelligence artificielle européens à émerger. On voit que, dans ce domaine, les choses s’accélèrent. 

 

Comment voyez-vous évoluer l’IA européenne, face aux géants américains et asiatiques ?

Tout évolue rapidement. Aujourd’hui, le marché est dominé par des grands modèles qui, avant d’être rendus accessibles au public, ont été entraînés pendant deux ans, en vase clos, sur des jeux de données filtrées. Aujourd’hui, leur évolution ne s’opère plus en vase clos et les données sur lesquelles ils continuent d’apprendre ne sont plus filtrées de la même manière. Cette évolution a pour conséquence que, au fil du temps, la qualité des résultats tend à se dégrader. A côté de cela, on voit se multiplier de nombreuses autres initiatives, de développement de modèles plus petits, plus spécifiques, centrés sur des usages précis. Ces modèles sont souvent plus pertinents, moins énergivores. C’est à ce niveau que l’Europe a une carte à jouer.
Nous avons besoin d’un large modèle européen universel, comme MISTRAL, mais surtout de permettre à une multitude d’acteurs de se positionner sur ce nouveau marché, avec des solutions plus spécifiques.

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